Introduction — La construction, c’est la politique qui devient du béton
Au Québec, la construction n’est pas « juste des chantiers ».
C’est de l’investissement public, des décisions politiques, du développement économique… et une immense machine financière.
Quand le gouvernement annonce un budget, un plan d’infrastructures ou des cibles en logement, ce n’est pas un discours abstrait : ça se transforme en contrats, puis en chantiers.
Et c’est précisément pour ça que l’industrie de la construction est sous pression.
Pas seulement à cause de la météo, de la coordination ou des imprévus techniques, mais surtout à cause de l’argent, des délais et du cashflow.
Table of Contents
1) Pourquoi le gouvernement investit autant en construction?
1.1 La construction comme levier économique
Dans une économie comme celle du Québec, la construction sert à :
- soutenir l’activité quand ça ralentit
- moderniser des infrastructures vieillissantes
- répondre à des besoins sociaux (logement, santé, écoles)
- créer de l’emploi partout sur le territoire
👉 La construction est donc un outil économique et politique. Quand l’économie tousse, on sort souvent… la pelle mécanique.
1.2 Le poids des infrastructures existantes
Une grande partie des budgets ne sert pas à bâtir du neuf, mais à entretenir ce qui existe déjà.
Routes, ponts, écoles, hôpitaux : le Québec possède un immense patrimoine à maintenir.
Le Plan québécois des infrastructures (PQI) structure ces investissements sur plusieurs années sous l’égide du Gouvernement du Québec.
👉 Même sans projet « spectaculaire », le Québec doit construire pour éviter de se dégrader.
1.3 Le logement : enjeu économique… et politique
Le résidentiel est un moteur central.
Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, les dépenses en construction résidentielle ont atteint 36,6 G$ en 2024.
Pénurie de logements, taux d’intérêt, immigration, pression urbaine :
👉 tout ça se reflète directement sur les chantiers.
Pour bien saisir pourquoi l’industrie de la construction fonctionne sous autant de contraintes, il est essentiel de comprendre qui fait quoi sur un chantier et comment le système est structuré au Québec.
2) Le poids réel de l’industrie de la construction au Québec
2.1 Une industrie majeure
La construction représente environ :
- 6,8 % du PIB québécois
- 7 % de l’emploi, soit plus de 315 000 travailleurs
Selon la Commission de la construction du Québec, les investissements et dépenses en construction dépassaient 79 G$ en 2024.
👉 C’est l’un des secteurs les plus structurants de l’économie québécoise.
2.2 La construction assujettie à la Loi R-20
Toujours selon la CCQ, pour 2024 :
- 210,9 millions d’heures travaillées
- 197 887 salariés actifs
- 10,2 G$ de masse salariale
👉 Derrière chaque chantier, il y a une organisation lourde, réglementée… et coûteuse.
3) D’où vient l’argent? Les trois grands « robinets »
Robinet #1 — Résidentiel (ménages et promoteurs)
- Hypothèques
- Construction neuve
- Rénovation
- Projets locatifs
Chiffre repère : 36,6 G$ en 2024.
👉 L’argent circule vite… mais les marges sont souvent fragiles.
Robinet #2 — Privé non résidentiel
Usines, entrepôts, commerces, centres de données.
Pour 2025, les intentions d’investissement non résidentiel au Québec sont estimées à 65,7 G$.
👉 Ici, la logique est économique : rentabilité, productivité, délais.
Robinet #3 — Public
Routes, ponts, écoles, hôpitaux, transport collectif.
👉 Ce robinet est politique. Il suit :
- les priorités gouvernementales
- l’urgence médiatique
- la pression citoyenne
4) Les 4 secteurs de la construction : 4 réalités, 4 pressions
A) Résidentiel
Vitesse, volume, marges serrées
- Beaucoup de petits entrepreneurs
- Changements fréquents
- Pression de livrer vite
👉 L’argent circule, mais le moindre retard fait mal.
B) ICI (institutionnel-commercial)
Documents, coordination, conformité
- Dossiers techniques lourds
- Coordination mécanique/électrique
- Tests et réceptions
👉 Ce qui n’est pas écrit… n’existe pas.
C) Industriel
Fenêtres critiques et coûts d’arrêt
- Installations souvent en opération
- Retards extrêmement coûteux
👉 Ici, la pression est financière avant tout.
D) Génie civil et voirie
Logistique, visibilité et contraintes publiques
- Interaction avec municipalités et ministères
- Échéanciers serrés et médiatisés
👉 Budget public + échéancier = pression constante.
5) Comment l’argent circule sur un chantier (et pourquoi ça tend tout le monde)
5.1 Le contrat : la constitution du chantier
Tout repose sur :
- la portée
- le prix
- les délais
👉 Si la portée est floue, le conflit est presque garanti.
5.2 Les paiements progressifs
Souvent, l’entrepreneur avance :
- la main-d’œuvre
- les matériaux
- les sous-traitants
Avant d’être payé.
👉 Le chantier vit donc sous pression de cashflow.
5.3 Les retenues
Une partie de l’argent est retenue jusqu’à :
- la réception
- la correction des déficiences
👉 Travail fait, argent bloqué.
5.4 Les quittances
Sans quittance conforme, le paiement peut être gelé, même si le chantier avance.
5.5 Extras et change orders
Le classique :
« Fais-le, on réglera après. »
👉 Beaucoup de conflits viennent d’extras mal documentés ou refusés.
5.6 Délais et pénalités
Quand des pénalités s’appliquent :
- la production domine
- chaque retard devient une menace financière
5.7 Claims
Un claim, c’est une guerre de preuves :
- courriels
- journaux
- photos
👉 Le chantier devient autant administratif que physique.
6) Pourquoi cette industrie de la construction est si tendue

Selon des données souvent citées par la FCEI :
- 62 % des entreprises de construction comptent moins de 5 personnes
- 97 % moins de 50
👉 De très grands chantiers… réalisés par des entreprises financièrement fragiles.
Résultat :
- paiements retardés = stress
- retenues = stress
- extras refusés = conflit
- pénalités = chaos
Conclusion — Comprendre l’économie pour comprendre le chantier
Quand tu comprends le Québec macro :
- budgets
- infrastructures
- logement
Tu comprends pourquoi la pression descend jusqu’au chantier.
Et quand tu comprends le chantier micro :
- contrats
- paiements
- extras
- claims
Tu réalises une chose essentielle :
👉 La construction n’est pas juste du béton.
C’est une industrie financière et politique à haute intensité.
Chiffres clés à retenir
- Construction : 6,8 % du PIB et 7 % de l’emploi
- Dépenses en construction 2024 : > 79 G$
- Résidentiel 2024 : 36,6 G$
- CCQ 2024 : 210,9 M d’heures, 197 887 salariés, 10,2 G$ de masse salariale
FAQ – Industrie de la construction au Québec
Pourquoi le gouvernement investit-il autant dans l’industrie de la construction au Québec?
L’industrie de la construction au Québec est un levier économique majeur. Le gouvernement investit pour soutenir l’économie, maintenir des infrastructures vieillissantes et répondre à des besoins sociaux comme le logement, la santé et l’éducation. Chaque décision budgétaire se traduit directement par des projets et des chantiers.
D’où vient l’argent dans l’industrie de la construction au Québec : public ou privé?
L’argent dans l’industrie de la construction au Québec provient à la fois du secteur public et du secteur privé.
Le résidentiel et le privé non résidentiel (commerces, usines, immeubles) jouent un rôle clé, tandis que les investissements publics structurent les grands projets et stabilisent l’activité sur plusieurs années
Pourquoi les chantiers de construction au Québec sont-ils aussi stressants?
Dans l’industrie de la construction, la pression ne vient pas seulement du chantier lui-même. Elle vient surtout du cashflow, des paiements progressifs, des retenues et des délais contractuels. Même sans conflit visible, la gestion financière crée une tension constante sur le terrain.
C’est quoi un extra en construction et pourquoi ça crée autant de conflits?
Un extra en construction est un travail réalisé hors du contrat initial. Dans l’industrie de la construction au Québec, les extras deviennent problématiques lorsqu’ils sont mal documentés ou non approuvés formellement. Résultat : désaccords financiers, délais de paiement et conflits entre les parties.
Quel secteur de l’industrie de la construction est le plus exigeant au Québec?
Chaque secteur de l’industrie de la construction au Québec a ses propres exigences.
Le résidentiel mise sur la vitesse, l’ICI sur la conformité et la coordination, l’industriel sur des fenêtres critiques coûteuses, et le génie civil sur des contraintes publiques et politiques. La pression existe partout, mais pour des raisons différentes.