L’entrepreneur général, c’est un peu le chef d’orchestre du chantier québécois.
Sans lui, chaque sous-traitant jouerait sa propre musique, l’échéancier ferait du free-style et la CNESST se présenterait plus souvent que le café dans la roulotte.
Mais derrière l’image humoristique se cache un rôle concret, structuré et crucial dans le système RBQ / CCQ / CNESST. Voici un guide clair et pratique pour comprendre ce que fait réellement une entreprise générale dans la vraie vie d’un chantier.
Pour mieux comprendre comment tout s’agence dans le système de construction au Québec, vous pouvez consulter notre guide essentiel Comprendre la construction au Québec : qui fait quoi et comment ça fonctionne vraiment ?
Table of Contents
1. L’entreprise générale en 30 secondes : la colonne vertébrale du chantier
Une entreprise générale (ou entrepreneur général) est celle qui :
- signe le contrat principal avec le client,
- organise et coordonne le chantier,
- engage les responsables terrain,
- supervise tous les sous-traitants,
- répond de la sécurité, de la qualité et des délais.
Dans le cadre québécois :
- RBQ → détention des licences appropriées,
- CCQ → main-d’œuvre compétente et certifiée,
- CNESST → responsabilités majeures en matière de prévention et de sécurité.
En bref : c’est le maître d’œuvre.
Un titre lourd… parce qu’il vient avec de vraies obligations.
L’entreprise générale doit aussi s’assurer que tous les métiers présents sur le chantier sont exercés par du personnel certifié, comme l’explique notre article Tout savoir sur la CCQ : cartes de compétence, salaires, bassin et avantages sociaux.
2. Sa mission : transformer une idée en bâtiment solide
Le client rêve.
Les ingénieurs et architectes dessinent.
L’entreprise générale construit.
Elle :
- planifie les séquences de travaux,
- coordonne les équipes,
- gère la qualité,
- règle les imprévus,
- contrôle les coûts et les délais,
- assure la sécurité en continu.
C’est elle qui assemble toutes les pièces du puzzle… et s’assure qu’aucune pièce ne se met à brûler en cours de route.
Avant que l’entreprise générale prenne le relais, une firme professionnelle développe les plans et le concept, un processus expliqué dans Comment une firme conçoit un projet au Québec : guide clair et structuré.
3. Le rôle légal : maître d’œuvre = responsable global de la sécurité
Selon la Loi sur la santé et la sécurité du travail, le maître d’œuvre doit assurer la sécurité de l’ensemble du chantier, peu importe quels employeurs y travaillent.
3.1 Le Programme de prévention (PP)
Le maître d’œuvre doit :
- analyser les risques,
- planifier les mesures à appliquer,
- coordonner la prévention entre tous les sous-traitants,
- transmettre le PP à la CNESST et au RSS quand 20 travailleurs+.
Lorsque deux programmes de prévention se contredisent, celui du maître d’œuvre prévaut.
Comme maître d’œuvre, l’entreprise générale doit respecter les exigences de la CNESST, dont le rôle est expliqué simplement dans notre guide CNESST au Québec : comprendre facilement son rôle sur un chantier.
3.2 Le comité de chantier
Il doit :
- créer le comité,
- convoquer les réunions,
- documenter les PV,
- assurer les suivis.
On y retrouve :
représentants syndicaux, sous-traitants, direction et, au besoin, le CoSS.
3.3 Gestion des accidents et exigences CNESST
Le maître d’œuvre doit :
- déclarer tout accident grave (Loi 62),
- accompagner l’inspecteur,
- corriger les non-conformités,
- documenter la diligence raisonnable.
Zéro improvisation. Tout doit être clair, traçable et cohérent.
4. Le rôle opérationnel : faire fonctionner un chantier vivant
Une entreprise générale coordonne tous les humains, matériaux, machines, livraisons et imprévus qui chamboulent un chantier.

4.1 Le surintendant : le général du terrain
Il :
- coordonne les sous-traitants,
- vérifie l’avancement,
- règle les problèmes,
- tient le journal de chantier,
- garde l’ensemble du site en mouvement.
C’est souvent la personne la plus sollicitée… après le café.
4.2 Les contremaîtres : les gestionnaires de proximité
Ils :
- organisent le travail des équipes,
- appliquent les règles de sécurité,
- supervisent les travailleurs CCQ,
- interviennent en cas de danger.
4.3 Le chargé de projet : le gardien du “conçu vs construit”
Il :
- gère les extras et les RFI,
- discute avec les ingénieurs et architectes,
- suit les budgets,
- vérifie que tout respecte les plans.
Sans lui, les plans changeraient plus vite que la météo.
5. Le rôle en santé-sécurité : un chantier avance seulement quand tout le monde reste en vie
Le maître d’œuvre porte la responsabilité globale de la sécurité.
5.1 Le CoSS : le cerveau sécurité
Sur les chantiers de 12 M$+ ou 100 travailleurs+, la loi exige un CoSS à temps plein.
Il :
- inspecte les zones de travail,
- repère les dangers,
- mène les enquêtes d’incident,
- anime le comité de chantier,
- coopère avec la CNESST,
- coordonne le programme de prévention.
Et surtout : il travaille sous l’autorité directe du maître d’œuvre.
5.2 Gérer la coactivité
L’entreprise générale doit s’assurer que :
- les travaux ne se chevauchent pas dangereusement,
- les zones critiques sont respectées,
- les méthodes de travail sont sécuritaires.
Exemples fréquents :
- travaux en hauteur au-dessus d’un autre métier → matériaux tombants,
- deux sous-traitants dans une zone restreinte → risques de collision,
- livraisons non planifiées → chaos assuré.
Anticipation + communication = chantier qui fonctionne.
6. Entrepreneur général et sous-traitants : une relation d’équilibre
Contrairement à ce que plusieurs croient :
les sous-traitants ne sont pas des employés de l’entreprise générale.
Selon la loi R-20, ce sont des employeurs distincts.
Mais…
L’entreprise générale doit tout de même :
- assurer leur coordination,
- vérifier leur conformité,
- corriger leurs non-conformités SST,
- inclure leurs représentants au comité de chantier,
- superviser la qualité.
La phrase classique qu’on entend partout :
« Oui mais ils ne travaillent pas pour moi ! »
→ La loi dit que tu restes responsable de la sécurité globale.
7. Exemples concrets de terrain
Exemple 1 — Plateforme élévatrice réparée “maison”
Le maître d’œuvre doit arrêter l’équipement, vérifier les compétences du sous-traitant, exiger une réparation certifiée.
Exemple 2 — Comité de chantier avec des absents réguliers
Rappels écrits, suivi serré, escalade au supérieur : les présences ne sont pas facultatives.
Exemple 3 — Travailleur intoxiqué opérant un équipement
Suspension immédiate, enquête, programme disciplinaire, preuve de diligence.
Ces situations illustrent pourquoi l’entreprise générale doit constamment agir de manière structurée et prévisible.
8. Résumé simple (version chantier & café)
L’entreprise générale, c’est :
- le capitaine,
- le chef d’orchestre,
- le médiateur,
- le responsable légal,
- le coordonnateur,
- le gardien de la sécurité.
Sans elle :
→ chaos, retards et visites fréquentes de la CNESST.
Avec elle :
→ un chantier cohérent où chaque métier peut travailler sans se marcher sur les pieds.
FAQ – Rôle et responsabilités de l’entreprise générale sur un chantier au Québec
Quel est le rôle exact d’une entreprise générale sur un chantier ?
L’entreprise générale coordonne les travaux, gère les sous-traitants, assure la conformité RBQ / CCQ, supervise la sécurité et agit comme maître d’œuvre lorsque requis. Elle est responsable de transformer les plans en réalité, de gérer les imprévus et d’assurer la progression du chantier.
Quelle est la différence entre entrepreneur général et maître d’œuvre ?
Au Québec, l’entrepreneur général devient maître d’œuvre lorsqu’il assume officiellement la responsabilité globale de la sécurité sur le chantier. Tous les entrepreneurs généraux ne sont pas automatiquement maîtres d’œuvre : ce rôle dépend du contrat et des ententes du projet.
Pourquoi l’entreprise générale doit-elle vérifier la conformité des sous-traitants ?
Même si chaque sous-traitant est un employeur indépendant (Loi R-20), l’entreprise générale doit s’assurer que tous travaillent de façon sécuritaire, conforme et coordonnée. Elle reste responsable de la sécurité globale et de la coactivité, surtout lorsqu’elle agit comme maître d’œuvre.
Quelles obligations l’entreprise générale a-t-elle envers la CNESST ?
Elle doit :
préparer et appliquer le Programme de prévention ;
tenir le comité de chantier ;
déclarer les accidents graves ;
corriger les non-conformités ;
documenter la diligence raisonnable ;
collaborer avec l’inspecteur lors des visites.
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